La notion de progression

L’ingénierie éducative

Les différentes centrations : l’enseignant, l’apprenant, la méthode, la matière à enseigner, l’instrument éducatif, l’objectif à évaluer

Les différents paliers/phases du processus de progression

Phase 1. Sélection – Inventaire

On parle également d’inventaire ou de recueil.

Trier au sein du matériau pédagogique (phonétique, morphosyntaxe, vocabulaire, actes de parole, étude de textes, civilisation) dans la perspective d’établir le corpus de la matière à enseigne, dans le cadre d’enquête :

- scientifique et institutionnelle (ex : Le Français Fondamental, Un Niveau Seuil)

- spécifique et sectorielle (ex : français sur objectifs spécifiques, français des professions)

- mixte et ouverte (ex : registre standard, communication générale, éclectisme linguistique)

Phase 2. Gradation – Organisation

Agencement, répartition, mise en ordre des contenus à enseigner

Trois types de gradation :

  1. Linéaire et positiviste (ex : du facile au difficile, du simple au complexe)
  2. Non-linéaire et cognitiviste (ex : progression « en spirales », approches notionelles-fonctionnelles)
  3. Mixte et ouverte (ex : l’éclectisme gestionnaire)

Phase 3. Syllabus – Programme

Sélection et gradation s’inscrivent dans un syllabus, c’est-à-dire une orientation. C’est ce que nous nommons traditionnellement « programme ».

Trois familles de syllabus :

  1. le syllabus « produit » (ex : centration sur la matière à enseigner, sur l’axe grammatical, sur le notionnel – fonctionnel)
  2. le syllabus « procès » (ex : centration sur les procédures et sur la tâche, donc à la fois processuel et procédural)
  3. le syllabus de Stern : syllabus langue, communicatif / expérientiel, formation langagière générale, culture et surtout l’intégration de ces quatre syllabi, d’où le nom de «syllabus intégré »

Phase 4. Programmation – Cursus

Il s’agit d’une programmation dans la durée, c’est-à-dire le rythme, la périodicité, la fréquence et l’étalement dans le temps des contenus à enseigner. On parle également de «trajectoires d’apprentissage des langues » et de « scénarios curriculaires »

La programmation (la répartition dans le temps) insère le contenu, c’est-à-dire ce qui est au programme, avec le support institutionnel-temporel dans lequel il s’intègre, c’est-à-dire le « cursus», soulevant ainsi le problème de la durée institutionnelle de l’enseignement vs. durée personnelle de l’apprentissage.

Exemples de programmation dans lesquelles un enseignement de langue est dispensé :

  1. programmations « école primaire – collège »
  2. programmations « secondaire / lycée »
  3. programmations universitaires
  4. programmations « formation continue pour adultes »
  5. programmations « formation à distance »
  6. programmations individuelles ( ex : les autoformations )

Phase 5. Curriculum

C’est l’art d’élaborer des parcours d’enseignement-apprentissage. Le terme « curriculum » désigne un ensemble de réflexions et d’orientations visant à établir un parcours d’enseignement- apprentissage en termes de projets et de finalités éducatives déterminés.

Il constitue le fil conducteur des étapes auxquels il préside ( sélection, gradation, syllabus et programmation), en intégrant des paramètres externes (philosophie de l’éducation, politiques, économiques, institutionnels) et internes (méthodologie, psycholinguistique, psychopédagogie, linguistique appliquée…) de la didactique des langues. Il s’agit de tous les processus pertinents de prises de décision opérées par tous les agents concernés.

Les différentes facettes d’un curriculum : curriculum formel, curriculum réel, curriculum projeté (« designed »), élaboré, mis en actes (« enacted »), reçu (« received ») et évalué (« assessed »).

Trois pôles de curriculum

  1. un curriculum scolaire du secondaire et du supérieur (ex : pour le secondaire : enseignement des langues à visée généraliste / pour le supérieur : littéraire, scientifique, juridique, économique,…en fonction des filières universitaires suivies)
  2. un curriculum éducationnel : extra-/para- et post-scolaire (ex : pour l’extra–scolaire : la prise en compte des paramètres tels l’expérience et l’éducation familiale, l’appartenance à un environnement plurilingue / pour le parascolaire et le postscolaire : c’est l’insertion des données relatives aux voyages et séjours à l’étranger, la lecture, les centres d’intérêt, la relation aux médias, etc.)
  3. un curriculum multidimensionnel : intégré ou modulaire (ex : les quatre syllabi intégrés de Stern et la philosophie de l’éducation intégrative propre à la situation du Canada / le Cadre européen commun de référence, qui prône le plurilinguisme et le pluriculturalisme ).

Phase 6. Progression

C’est la force motrice arpente toutes autres phases et les façonne à partir des différentes centrations : sur le maître, l’apprenant, l’instrument éducatif, la matière à enseigner, la méthode, l’objectif à évaluer.

“l’acte éducatif, en fonction des différentes configurations auxquelles il est confronté, privilégie certaines centrations par rapport à d’autres. Le jeu tournant des polarisations se recompose sans cesse en fonction de la variété des situations d’enseignementapprentissage (institutionnel, privé, du primaire, du secondaire, du supérieur, initial, continu, avec ou sans examens, en présentiel, en auto-apprentissage ou à distance, etc. )”

Source : La notion de progression au service de l’ingénierie de l’éducation, Serge Borg

Laisser un commentaire